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Mgr Blanchet en 2014, devant la cathédrale de Belfort. © F. Chatel

Mgr Blanchet en 2014, devant la cathédrale de Belfort. © F. Chatel

Un pont entre les grands et les petits

Evêque de Belfort-Montbeliard, Mgr Dominique Blanchet vient d’être élu vice-président de la Conférence des évêques de France. Ombres & Lumière avait rencontré en 2015 cet ancien aumônier de Foi et Lumière marqué par le compagnonnage avec les personnes handicapées.

Ce matin de canicule, c’est un évêque fraîchement ordonné qui ouvre la porte de l’évêché, une belle bâtisse dans la vieille ville de Belfort, tout près de la place d’Armes où se trouve la cathédrale. Dominique Blanchet, 49 ans, vient de quitter Angers et son Maine-et-Loire natal pour la cité Vauban et ses industries. Des premiers pas marqués par la rencontre d’Anne-Lise, une personne handicapée de la ville. "A la fin de l’ordination, le 12 juillet, elle est venue à moi et m’a dit : 'Je suis contente que vous soyez notre évêque.' Le lendemain, je me promenais sur la place et quelqu’un m’appelle : 'Dominique !' Je me retourne. C’était Anne-Lise : 'Bonjour. Ça se passe bien ?' Par Anne-Lise, je sens que l’Eglise m’accueille à Belfort !", témoigne cet homme à la voix douce et posée, jusqu’ici vicaire général du diocèse d’Angers, aumônier diocésain de Foi et Lumière, et conseiller spirituel d’une équipe d’entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC).

Ordonné prêtre en 1999 à 33 ans, c’est en 2004 qu’il a connu Foi et Lumière dans sa paroisse. Depuis, la communauté est devenue pour lui autant un lieu de service qu’un endroit où nourrir sa vocation : "En me témoignant de l’amitié et de la tendresse, les personnes avec un handicap mental me rappellent la sacramentalité de l’Eglise. Quand elles m’embrassent, bien sûr elles embrassent l’homme mais aussi le Christ. Ce sont elles, avec les enfants, qui me rappellent avec le plus de force que je suis sacrement du Christ." Et d’ajouter : "C’est merveilleux d’avoir de l’amitié avec ces personnes. A leur contact, on se bonifie et on se simplifie, on progresse dans l’attention aux relations. Beaucoup passent malheureusement à côté de ce trésor sans s’en douter." Un trésor qu’il n’hésitait pas à partager avec les membres des EDC, pour relier les uns aux autres. Homme au contact simple, Dominique Blanchet aime que la communication circule dans l’Eglise. En retour, les familles de Foi et Lumière priaient pour les dirigeants…

Dans l'enfance

Sa première rencontre avec les personnes handicapées remonte à l’enfance. Chaque année, les parents de Dominique emmenaient leurs cinq enfants en vacances dans une pension de famille à Lourdes. C’est là qu’à neuf ans, Dominique a fait la connaissance d’Isabelle, la fille trisomique d’une famille amie. Et puis, il y avait aussi Jean-François et Gérard, deux autres amis avec un handicap mental, et enfin Mimie, une personne trisomique de son village d’origine, Les Cerqueux. "Dans le bourg, tout le monde a été marqué par Mimie, raconte l’évêque. On la voyait traverser le village avec son torchon sur l’épaule. Finalement, j’ai grandi assez naturellement avec des personnes atteintes d'un handicap mental dans mon entourage." Après des études d’ingénieur et trois ans de travail au Burkina Fasso, toujours attiré par les "petits", Dominique Blanchet demande à entrer à Lyon au séminaire du Prado, qui forme des prêtres diocésains appelés à aller en priorité vers les plus pauvres et les non croyants. "Je pensais déjà que réussir sa vie implique de servir l’existence des autres, et de créer des ponts entre les plus grands et les plus petits", explique-t-il. Ministre de la communion, Dominique Blanchet l’est plus encore depuis qu’il est devenu évêque. Tirée du psaume 37, sa devise est aussi une parole souvent chantée à Foi et Lumière : "Mets ta joie dans le Seigneur." Si une inquiétude vient devant la tâche immense qui lui est confiée, l’homme de Dieu se la répète. A son cou, pend une croix ornée d’une corbeille et de quatre pains, en référence au passage des cinq pains et des deux poissons dans l’Evangile, un appel à faire confiance et à se donner avec le peu dont on est capable. Si son agenda est maintenant surchargé, on sent à la manière dont il vous accueille que, sur ce temps rendu disponible, il sera bien présent et accessible. L’autre jour, en réunion, une personne avec un handicap mental essayait en vain de le joindre. "Pour lui signifier que j’avais vu son appel, je lui envoyais une réponse automatique : 'Merci de votre message, etc'. Tout à coup, j’ai reçu un texto : 'Tu peux me tutoyer !' J’ai compris que ma réponse n’était pas adaptée !"

Des détails qui parlent

A l’écoute et réaliste, Mgr Blanchet sait que la vie des plus fragiles est menacée dans notre société. Pour lui, le meilleur moyen de lutter contre la culture abortive est de favoriser la rencontre et l’amitié. Le jour de l’ordination, une personne handicapée, Flora, portait sa crosse. Comme elle, ils étaient nombreux de Foi et Lumière à avoir fait la route depuis Angers. "Plusieurs m’ont dit en partant qu’ils priaient pour les Belfortins. Je sais que c’est vrai, conclut-il. Dans l’Evangile, il y a des détails qui parlent plus que l’ensemble du discours. Dans la vie, c’est la même chose. Des gens qui paraissent insignifiants vont dire la parole qui va parfois vous marquer pour toute votre vie. Vous comprenez qu’elle vient d’en haut."

Florence Chatel (Ol 207)

* Les deux autres sont le Père Célestin Hakizimana, évêque du diocèse de Gikongoro au Rwanda, et le Franciscain Samson Shukardin, évêque du diocèse de Hyderabad au Pakistan.

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