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Audrey et Victoire. © DR.

Audrey et Victoire. © DR.

Quand le baby-sitting conduit à la rencontre

Audrey, 22 ans, étudiante en master1 en Sciences de l’éducation, travaille en alternance à l’Arche de Montpellier. Son engagement auprès des personnes handicapées a pris corps lors d’une rencontre avec Victoire quand elle avait seize ans. Elle se souvient.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été sensible au handicap. Au gré des mutations de mon papa militaire, j’avais visité des orphelinats en Afrique et avais été touchée par des jeunes enfants handicapés. Et puis, quand j’avais 16 ans, mes voisins m’ont demandé de venir faire du baby-sitting chez eux. L’aînée de leurs quatre enfants, Victoire, 12 ans, était atteinte du syndrome d’Engelmann. Ce fut le début d’une belle aventure où durant trois ans j’allais 2 fois par semaine m’occuper de la fratrie en fin de journée. Je n’ai pas eu d’appréhension au départ. Victoire avait le même âge que mon petit frère et je cherchais avant tout à la comprendre, à voir comment m’y prendre avec elle. Sa maman et ses frères et sœur étaient toujours prêts à m’expliquer les choses. Il fallait que je gère quatre enfants, que chacun trouve sa place, sachant que Victoire, avec son lourd handicap, requérait une attention de tous les instants. Il suffisait que j’aide son petit frère à couper sa viande et elle en profitait pour étaler son repas partout ! Coquine, elle aimait faire des blagues. Elle bougeait beaucoup, l’habiller relevait du défi. Si je lui mettais son pantalon à l’envers, elle s’en rendait compte et rigolait. Et moi, qui voulais toujours tout maîtriser, je me disais qu’on pouvait se tromper et que ce n’était pas si grave. Victoire m’a permis de prendre du recul dans la vie. Elle m’a appris à ouvrir les yeux sur la beauté d’un sourire, d’un regard. J’ai appris à me connaître à travers son regard. Je me suis découvert des qualités et parallèlement j’ai pris conscience de mes fragilités, pour les transcender en quelque chose de bien. J’ai gagné en confiance en moi. S’il m’arrivait de me fâcher légèrement, je pouvais lire dans son regard un pardon ou au contraire une incompréhension. Je lui expliquais la raison de mon emportement et tout de suite, elle se calmait. Elle m’a ainsi aidée à savoir poser des choix et à ne pas les regretter mais à les expliquer.

Victoire avait toujours le sourire, elle était pleine d’amour et transmettait une joie immense. Elle m’aidait à garder la pêche et quand je la retrouvais, même si je sortais d’une mauvaise journée, je ne pouvais pas faire autrement que de me dire la vie est belle. Sacrée leçon pour une jeune fille de seize ans ! Cette rencontre avec Victoire a été décisive dans ma vie. Elle m’a aidée à grandir. Elle a ouvert mon cœur. Voir qu’elle me reconnaissait quand je la croisais me mettait en joie. J’étais curieuse de voir ce que je pouvais lui apporter et finalement c’est elle qui m’a le plus apporté et m’a confirmée dans ma volonté de travailler auprès de personnes handicapées. Les études m’ont éloignée de Victoire mais j’ai toujours de ses nouvelles par maman et j’espère en avoir bientôt en direct.

Audrey

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