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© Un rôle à jouer.

© Un rôle à jouer.

Par le théâtre, soulever le tabou de la fragilité dans l’entreprise

Comment aider les entreprises à recruter et accompagner des personnes en situation de handicap, et plus largement, à accueillir la fragilité ? A l’occasion de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (SEEPH), du 19 au 25 novembre, Ombres & Lumière a interviewé Thomas Royère, dirigeant et fondateur de la société « Un rôle à jouer », qui accompagne les entreprises sur ce sujet (entre autres) via des prestations théâtrales.

Pourquoi utiliser le théâtre pour accompagner les entreprises dans leur politique handicap ?

Nous intervenons dans le cadre des politiques handicap mises en place par les entreprises, pour beaucoup sous la contrainte de l’obligation d’emploi et de l’objectif des 6%.

Le théâtre permet d’aborder ce sujet qui peut faire peur… et de dialoguer collectivement autour des questions soulevées. Nous intervenons pour sensibiliser les personnes, faire tomber des a priori – le handicap, ce n’est pas forcément le fauteuil roulant, par exemple. La mise en scène permet de soulever des questions un peu naïves, d’exprimer des questions que beaucoup n’oseraient pas poser. Nous abordons aussi le débat entre performance et prise en compte du handicap. Et également, comment changer le regard, sur des personnes en difficulté autour de moi, sur moi-même aussi…

Nous écrivons des pièces où l’on imagine des situations réalistes, en s’appuyant sur des témoignages. Par exemple sur le sujet du handicap psychique, nous mettons en scène un manager qui est lui-même déstabilisé parce qu’il est confronté à une personne fragile psychiquement dans son équipe. Où commence le handicap ? Comment en parler ? Beaucoup de managers se demandent : est-ce que je parle du handicap, de la fragilité d’un tel ? Qu’est-ce que j’ai le droit de dire ? Avec toutes les craintes que l’on peut avoir sur la réaction de l’équipe.

Le théâtre est là pour poser des questions, offrir un effet miroir, ouvrir les sujets pour que les gens en parlent. On peut illustrer plusieurs points de vue, dont des points de vue difficilement énonçables en public. Les gens s’y reconnaissent, cela suscite des dialogues constructifs.

Sur quelles résistances, quelles émotions travaillez-vous ?

Le sujet du handicap fait peur, parce qu’il est assez confrontant : il renvoie à nos propres peurs, faiblesses… Il renvoie également au fait que ça peut arriver à tous. Quand on commence à parler de santé psychologique, chacun peut se sentir concerné, selon ce qu’il a vécu dans sa vie. Le handicap psychique pose cette question : à partir de quand bascule-t-on « de l’autre côté de la barrière » ? Mais il y a aussi la peur d’avoir un accident, d’avoir un enfant porteur d’un handicap… Cela touche à beaucoup d’aspects personnels.

Par rapport aux personnes en situation de handicap, il y a aussi la peur de faire un impair, d’être maladroit, de poser une question bête, etc. Par exemple, quand un collègue est mal voyant, faut-il l’aider ou pas ? Au final cela renvoie à la peur de rentrer en relation réellement. Enfin il y a des peurs par rapport au fonctionnement collectif : comment faire pour être attentif à une personne handicapée quand j’ai déjà beaucoup à gérer ? L’important est d’aborder les questions dans leur complexité et de ne pas avoir de réponses simplistes.

Quels sont les fruits de cette démarche ?

Nous sommes là pour interpeller, poser des questions, faire que les gens prennent du recul. Et nous sommes dans un monde économique qui se durcit : il y a parfois un grand écart dans les entreprises, entre l’injonction de protéger les salariés et la dimension économique. Notre rôle est de poser ces sujets : le reste appartient à l’entreprise. Ce qui est intéressant c’est quand on s’inscrit dans la durée, quand notre intervention apporte une brique à un dispositif plus global. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas, mais il y a de beaux exemples de démarches mises en place…

Nous avons aussi des retours individuels, de personnes qui ont été touchées, qui ont changé de regard. Nos sujets touchent au travail et aussi fortement à la vie privée. C’est le sens aussi de ce que l’on peut faire : faire changer le regard des personnes qui viennent à nos interventions, pour qu’ils puissent à leur niveau faire évoluer les choses.

Recueilli par Cyril Douillet - ombresetlumiere.fr, 20 novembre 2018

www.unroleajouer.com

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