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un enfant trisomique embrassant Jean Paul II © R. Simon

un enfant trisomique embrassant Jean Paul II © R. Simon

Malades, adoptez saint Jean Paul II

Il y a dix ans, mourait le pape Jean Paul II. Mgr Jacques Perrier, qui l’a accueilli en pèlerin et malade à Lourdes, invite toute personne qu'éprouve la souffrance à le prier.

Ce n'est pas d’aujourd’hui que Jean Paul II est un témoin pour les personnes malades ou handicapées. Il l'a été presque tout au long de son pontificat puisque l'attentat du 13 mai 1981 se situe moins de deux ans après son élection.

Les symptômes de la maladie de Parkinson ont commencé à être visibles plus de quinze ans avant sa mort. Entre temps, divers incidents de santé ont jalonné son pontificat, si bien que le pape appelait la clinique Gemelli, où il était hospitalisé, le "troisième Vatican".

Les dernières années furent très pénibles. On sait désormais qu'il songea à donner sa démission et plusieurs voix murmurèrent ou la demandèrent. Le pape jugea qu'il pouvait être plus utile à l'Eglise et au monde en poursuivant son ministère avec des forces diminuées. Comme serviteur des serviteurs de Dieu, il suivrait jusqu'au bout le Serviteur de Dieu, le Christ, dans sa Passion.

Que peut-on attendre de Jean Paul II dans notre prière ?

Le prier est légitime. Mais cela ne doit pas aller sans le désir de l'imiter. Or Jean Paul II a souvent demandé la prière des fidèles, non pour sa guérison, mais comme soutien, afin qu'il puisse continuer à remplir son ministère, dans la faiblesse, si telle était la volonté de Dieu.

Il en fut de même pour sainte Bernadette. Celle à qui, au moins indirectement, sont dues tant de guérisons, n'a pas prié pour elle-même mais pour obtenir la grâce de "bien souffrir". Bien souffrir, c'est-à-dire offrir sa souffrance, en union avec le Christ souffrant.

La prière du Notre Père est  la règle de toute prière chrétienne. La demande du pain figure en son milieu. Pour le malade, le pain, c'est la santé. Il est légitime de demander la santé "de ce jour", car "à chaque jour suffit sa peine" : peut-être la maladie est-elle une situation qui apprend, enfin, à vivre ce précepte du Seigneur.

Il ne faut pas oublier, non plus, ce qui précède et ce qui suit la demande du pain dans le Notre Père : l'invocation "Père" qui est un acte de confiance ; les demandes sur le Nom, le Règne et la Volonté de Dieu. Il ne s'agit pas de se résigner sur un mode fataliste. Le pape s'est soigné. Bernadette s'est soignée et a soigné ses Sœurs. Mais il faut se replacer soi-même sur le vaste horizon du salut universel et de la communion des saints. Nous ne sommes pas le centre du monde.

Les dernières demandes, elles aussi, ont du sens pour ce qui nous occupe. Nous risquons d'en vouloir à Dieu pour le mal que subit telle ou telle personne. Nous n'avons rien à pardonner à Dieu mais nous pouvons lui demander la grâce de ne pas l'accuser. Cette tentation existe : qu'elle ne l'emporte pas ! Et le Notre Père se termine sur l'espérance de la Résurrection : "Délivre-nous du Mal !" Le dernier ennemi vaincu, dit saint Paul, ce sera la mort.

Cela signifie-t-il qu’il est illégitime de demander un miracle ? Non, bien sûr. A Lourdes par exemple, tout existe. Certaines personnes sont venues, persuadées qu’elles obtiendraient la guérison. La plupart des autres ne s’y attendaient pas, ne s’y attendaient plus. Parfois, des guérisons ont été obtenues alors que la personne malade priait pour quelqu’un d’autre. Les miracles sont aussi divers que la vie. Aussi divers que l’Evangile. Jésus nous a donné l’ordre de demander. Le Notre Père est, tout entier, une prière de demande. Mais une demande ouverte.

L’Eglise a besoin de vous

Le pontificat de Jean Paul II a été, très tôt, marqué par le martyre à cause de l'attentat de 1981. Cette réalité, que nous pensions lointaine ou ancienne, s'est manifestée au cœur de l'Eglise. De même, Jean Paul II a placé la souffrance et la maladie au cœur du mystère de l'Eglise, mystère de rédemption et de salut.

Son témoignage va dans le même sens que la restauration du sacrement de l'onction des malades. Si, quand cela est possible, ce sacrement est donné dans un cadre communautaire, ce n'est pas seulement pour le soutien affectif des proches et pour demander la prière de tous. C'est aussi pour manifester que la prière et l'offrande des malades importent à l'Eglise. Ceux que la société mercantile juge inutiles voire nuisibles, l'Eglise ne reconnaît pas seulement leur dignité, elle les appelle à un service. Comme aux apôtres, Jésus leur dit : "Suis-moi !"

Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes

Ombres et Lumière n°181

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