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Jean Vanier, le 7 septembre 2018. © C. Douillet

Jean Vanier, le 7 septembre 2018. © C. Douillet

Le « questionnaire de Proust » de Jean Vanier

A l’occasion de ses 90 ans, le 10 septembre, Ombres & Lumière est allé rencontrer le fondateur de l’Arche et Foi et Lumière dans sa petite maison de Trosly-Breuil, pour le soumettre au fameux questionnaire. Réponses spontanées, entre deux rendez-vous…

Votre vertu préférée.

La fidélité.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

L’intégrité. Etre vrai, être juste. Et aussi la façon d’être papa, d’être capable de jouer avec ses enfants.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

La tendresse. Cette relation en « one to one ». Cette façon tellement profonde de respecter l’autre, de ne pas juger, d’être proche, de l’aimer. La capacité à entrer dans une relation unique, une rencontre.

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis.

Leur joie. Quand des gens viennent, sont heureux, détendus… Leur confiance en moi, leur ouverture.

Votre principal défaut.

Ce n’est pas un défaut mais des peurs ; peut-être la peur d’être rejeté. Un défaut : dans la relation, vouloir intervenir trop vite, ne pas aller jusqu’au bout de l’écoute.

Votre occupation préférée.

En ce moment, la lecture et la prière. Et aussi la vie joyeuse dans mon foyer.

Votre rêve de bonheur.

Continuer à exister là où je suis, avec les gens avec qui je suis. Vivre l’instant présent d’une façon continue, avec ce qui m’est donné de vivre.

Votre plus grand malheur.

Ce serait de ne pas être vrai, de ne pas être en adéquation avec ma conscience intime.

Ce que vous voudriez être.

Moi-même…

Le pays où vous rêveriez de vivre.

L’Arche ! Quand je vais dans un pays, je vais dans une Arche. C’est ma patrie, c’est ma maison, c’est mon home. C’est vivre avec les personnes qui sont accueillies dans l’Arche. C’est le pays de la relation.

La couleur que vous préférez.

Le bleu peut être. Il m’évoque la tendresse, la Vierge Marie.

La fleur que vous préférez.

Les pissenlits, les pâquerettes, et les primevères…

L’oiseau que vous préférez.

J’aime beaucoup les hirondelles. Celles qui partent bientôt pour l’Afrique… Au monastère d’Orval (en Belgique, où Jean aimait se reposer, ndlr), j’aimais les regarder foncer vers l’eau, jouer entre elles… Comme si elles riaient ensemble.

Vos auteurs favoris en prose.

Le théologien José Antonio Pagola. C’est la quatrième fois que je le lis en deux ans. Il connaît tout du temps de Jésus. Il nous rappelle combien les Galiléens avaient été persécutés avant lui. C’est un peuple pauvre, à la différence des gens de Jérusalem. Jésus mange avec eux, leur annonce le Royaume… Il se révèle à eux avec une grande tendresse. Pagola révèle un Jésus tellement humble, tellement simple que ça me fait du bien.

Vos auteurs favoris en vers.

Maurice Bellet. Ce n’est pas vraiment un poète, mais sa façon d’écrire est vraiment poétique.

Vos héros de fiction préférés.

Je ne lis pas de fiction… Autrefois, j’aimais Agatha Cristie… Il y a bien longtemps.

Vos compositeurs préférés.

Je n’écoute pas de musique…

Vos peintres préférés.

Il y a quelques années, j’aurai dit Fra Angelico. Aujourd’hui, je dirai Arcabas : c’est moins stylisé, plus simplifié.

Ce que vous détestez le plus.

La cruauté. La domination, c’est-à-dire l’autorité lorsqu’elle écrase au lieu d’élever.

Le fait militaire que vous admirez le plus.

Le débarquement. J’étais alors en Angleterre. Je trouve extraordinaire que cet événement ait été gardé secret… Mais j’ai un souvenir plus prégnant du débarquement canadien à Dieppe, en 1942, qui a été refoulé. Cela m’a affecté. Enfin, je suis admiratif du courage des Anglais dans la bataille d’Angleterre.

Le don de la nature que vous aimeriez avoir.

Le sentiment de faire partie d’un tout, d’être relié…

Comment vous aimeriez mourir.

Dans mon lit ! (rire) Paisiblement.

Votre état d’esprit.

Paisible.

Les fautes qui vous inspirent le plus d’indulgence.

Les fautes d’addiction, liées à l’alcool, la drogue, le sexe… Les personnes qui y sont confrontées me touchent beaucoup, car elles n’ont pas les moyens d’arrêter.

Votre devise.

« Vivre le moment présent avec gratitude ».

Recueilli par Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr - 10 septembre 2018

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