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Jeanne d'Arc, au Théâtre des Variétés.

Jeanne d'Arc, au Théâtre des Variétés.

Jeanne d'Arc

Au théâtre des Variétés, dans le cadre du festival « Futur composé », des artistes autistes livrent une « Jeanne d’Arc » assez décalée, où la performance des acteurs sauve la mise.

A la fin du spectacle, on se demande si les jeunes acteurs vont parvenir à quitter la scène, grisés qu’ils sont par les applaudissements nourris de la salle. Soulagés aussi peut être après plus d’une heure et demie de concentration intense pour donner cette « Jeanne d’Arc » atypique… En effet, sur la trentaine d’acteurs, une grande majorité est porteuse d’autisme. Chez certains le handicap est clairement là – ce qui rend la performance d’autant plus convaincante ; chez d’autres les troubles sont plus discrets. Au final c’est bien une joyeuse troupe qui donne tout ce qu’elle peut dans cette mise à jour de l’épopée de la pucelle de Domrémy, avec une énergie impressionnante, malgré parfois les obstacles d’élocution.

Si quelque chose dérange dans ce spectacle, c’est bien le fond de l’histoire. Un récit assez alambiqué où s’imbriquent l’aventure d’une troupe d’acteurs en plein désert africain, menée par un metteur en scène exalté, et des séquences d’une vie de Jeanne d’Arc largement revisitée, puisque la pièce imagine qu’elle est en fait la demi-sœur de Charles VII, formée à sauver la France, loin de la « mythologie » classique... Le tout déniant la dimension spirituelle de cette figure. Autant dire que ces élucubrations peuvent agacer le spectateur attaché à la sainte, et tout simplement, à un certain respect de la réalité historique.

Passant sur cette trame, on pourra apprécier la mise en scène, ponctuée d’humour, inventive (avec écrans, images, vidéos) quoique parfois tapageuse (musique…). On peut se demander si un texte plus facile d’accès, plus quotidien, n’aurait pas été plus adapté à cette troupe atypique, afin que des personnes handicapées puissent davantage s’en emparer. Reste cette idée forte d’une Jeanne incarnée par l’une des actrices les plus apparemment fragiles de la troupe. Comme si cette fragilité, « quelque part » (pour reprendre une scène assez drôle de la pièce) pouvait contribuer à notre Salut.

Cyril Douillet - ombresetlumiere.fr, 28 juin 2018

De Gilles Roland-Manuel. Du 27 juin au 1er juillet au théâtre des Variétés (Paris 2e)

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