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Hélène Vincent à Namur. © C. Douillet

Hélène Vincent à Namur. © C. Douillet

Hélène Vincent : « Les films sur le handicap me chamboulent »

Actrice qui fait partie du paysage du cinéma français depuis des décennies (on se souvient de son César pour le rôle de Mme Duquesnoy dans " La vie est un long fleuve tranquille" en 1989), Hélène Vincent incarne une maman d’enfant autiste dans le récent "Hors Normes". Elle présidait le jury de The Extraordinary Film Festival, à Namur, qui s’est achevé lundi.

Vous avez accepté de présider ce jury, pourquoi ?

C’est la première fois que je viens à ce festival. Je ne m’attendais pas à être présidente d’un jury d’un festival axé sur le handicap, car rien ne m’y prédispose dans mon expérience de vie personnelle. C’est mon rôle dans Hors Normes qui a incité les organisateurs à m’inviter. C’est une chose nouvelle qui m’arrive. Or ce sont des rencontres troublantes et émouvantes ! J’ai vu des films qui évoquent des vies de personnes handicapées de façon extrêmement diverse. Je suis très chamboulée par tout ce que je vois.

Qu’est-ce qui vous touche dans ce cinéma ?

Je n’ai pas une vision générale des choses. Je fonctionne au cœur, à l’émotion, à la surprise… comme le grand public. Je pense d’ailleurs que le grand public est encore assez ignorant de cet univers du handicap. Il y a parfois un reportage à la télévision, un fait divers sur lequel se cristallise une attention, puis ça s’évanouit… Or l’intérêt du cinéma c’est qu’il touche vraiment le grand public. C’est dans cette mesure que ceux qui sont en situation de décider, de donner des moyens pour le handicap, se sentiront poussés et questionnés par les citoyens. Il faut donc soutenir ces films grand public, plus que ceux qui restent dans des circuits cinéphiles ou spécialisés. En tout cas personnellement, en visionnant ces films, il m’arrive de m’éprendre du personnage principal ; j’éprouve l’expérience aussi qu’au bout de cinq minutes, il y a un changement de regard, et je ne vois plus le handicap : je vois la personne. Comme si le handicap devenait anecdotique par rapport à la découverte de la personne.

Pouvez-vous parler de votre rôle dans Hors Normes ?

C’est un rôle modeste, je n’ai pas tourné longtemps… mais c’est un personnage qui m’a bouleversé quand je l’ai lu. Ce qui m’a tenu à cœur, c’est la pensée que je représentais dans ce film, avec la maman africaine, la place des familles. Et je peux imaginer ce que c’est qu’une vie de famille avec un enfant handicapé… La difficulté et la force qu’il faut. Je me suis dit que pour ce personnage-là je ne pouvais me permettre aucun maniérisme. Les mères qui sont dans cette situation doivent tellement se tenir face à ce que la vie leur envoie... Ce que je devais rendre c’est la force du combat que mènent les familles. Quant au film dans son ensemble, je l’aime beaucoup. On n’est pas écrasé par la fatalité, on ne sort pas désespéré ; il y a une vraie métaphore du vivre ensemble, une vraie foi dans l’humanité. Ce mouvement du collectif est magnifique. Ce film réconforte.

Recueilli par Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr - 14 novembre 2019

 

The Extraordinary Film Festival

Créé en 2011, ce festival a lieu tous les deux ans à Namur et dans plusieurs villes délocalisés. Il programme des films axés sur le handicap, qu’ils soient fictions ou documentaires, films d’animation ou publicités. Cette année il a battu un record de fréquentation, avec plus de 7000 entrées. Le jury a élu meilleur film de fiction D’égal à égal (de Evi Goldbrunner et Johachim Dollhopf), un film allemand pas encore sorti en France qui met en scène des personnes de petite taille.

www.teff.be

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