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"Dans l'anorexie, on est dans une sorte de recherche d’absolu du corps et de l’esprit que l’on essaie d’atteindre notamment par l’activité intellectuelle", témoigne Hélène Huard aujourd'hui guérie. © D.R.

"Dans l'anorexie, on est dans une sorte de recherche d’absolu du corps et de l’esprit que l’on essaie d’atteindre notamment par l’activité intellectuelle", témoigne Hélène Huard aujourd'hui guérie. © D.R.

Du déni à la volonté de m’en sortir

Jeune mariée, Hélène Huard a 31 ans. Profondément croyante, cette biologiste raconte comment sa foi l’a aidée à prendre conscience de son anorexie mentale et à accepter d’aller vers la guérison.

Après une adolescence tardive, j’avais pris quelques kilos et ne me sentais pas bien du tout dans ma peau. En première, j’ai donc commencé à restreindre ma nourriture et je me suis mise à bosser de façon assez intensive. A la fin de l’année scolaire, j’avais dû perdre quinze kilos. Sur le conseil d’amis, mes parents m’ont emmenée voir un généraliste. Ce médecin a dit que je souffrais d’anorexie et qu’il fallait que je me soigne. Mais je refusais complètement la maladie au point que je voulais encore maigrir. Pendant l’année de terminale qui a suivi, j’ai dû être hospitalisée plusieurs fois dans un hôpital pour adolescents si bien que je n’ai pas pu passer le bac.

Le déni de la maladie est propre à l’anorexie. On est dans sa tête, dans l’imagination, dans une sorte de recherche d’absolu du corps et de l’esprit que l’on essaie d’atteindre notamment par l’activité intellectuelle. On peut lire et travailler énormément, et par là, refuser tout ce qui est terrestre. Quand on se trouve à ce stade-là de la maladie, on ressent une certaine euphorie, on n’a plus les soucis du corps, on a l’impression d’être au-dessus des contingences physiques. Cela donne un sentiment de liberté qui à long terme n’est pas viable. Ce rejet du corps à l’extrême peut aller jusqu’à la mort ou à des problèmes de santé – j’ai eu par exemple de l’ostéoporose à la suite des aménorrhées.

Peu à peu, j’ai pris conscience du mal que je m’infligeais

Pour ma deuxième terminale, mes parents ont décidé de me changer d’environnement. L’ambiance était très pesante à la maison, mes quatre frères ne comprenaient pas du tout pourquoi je ne mangeais pas. Mes parents m’ont donc envoyée en internat dans un lycée privé dans le Loir-et-Cher. Cette année là, j’ai été très soutenue par l’infirmière du lycée et le Principal des terminales. C’était impressionnant ! Je pense que sans eux, je n’aurais jamais guérie. L’infirmière était très disponible. Pendant les révisions du bac, elle m’a accueillie chez elle pour que je puisse me reposer et préparer l’examen sereinement. Le Principal m’a raconté comment sa foi l’avait aidé à guérir d’une dépression. Son histoire m’a profondément marquée. Nous avions la chance de pouvoir aller à la messe le mardi si nous le souhaitions. Peu à peu, j’ai ainsi pris conscience que, dans ma maladie, il y avait certes une part de fragilité mais que, d’une certaine manière, je participais aussi à ce mal. Je refusais le don de la vie que Dieu me faisait. Quand j’ai pris conscience du mal que je m’infligeais, j’ai eu besoin de recevoir le sacrement de réconciliation. A partir de ce moment-là, j’ai appris à m’accepter avec mes faiblesses et mes défauts. Dans cette maladie, il faut sans cesse se battre contre des pensées culpabilisantes, des pensées d’angoisse sur soi – on a très peur du regard des autres – et d’angoisse par rapport à l’avenir.

Le bac en poche, j’ai eu la chance de participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Cologne. Sur place, l’organisation était défaillante. En constatant que je me battais pour avoir des repas, j’ai compris que je voulais quand même vivre. De retour en France, j’ai enfin accepté de faire le travail nécessaire pour sortir de l’anorexie. J’avais déjà mis en place des massages mais je me laissais porter par les autres plus que je n’étais actrice du changement. Cette fois, j’étais volontaire pour consulter une psychologue tout en suivant une thérapie familiale avec mes parents chez un psychiatre. L’accompagnement spirituel avec un prêtre ou une religieuse m’ont aussi beaucoup aidée, de même que le soutien de trois amies du lycée restées fidèles. Au bout de quelque temps, j’avais retrouvé un poids normal, retrouvé mon cycle hormonal. Je mangeais à nouveau de tous les aliments et j’arrivais à me faire plaisir en mangeant. Ce qui était déjà un signe de guérison. Encore quelques années plus tard, j’ai rencontré un groupe Notre-Dame de Vie dont la vocation est l’oraison quotidienne. Découvrir cette forme de prière m’a encore libérée de mes peurs et fait progresser dans la lutte contre mes pensées négatives. La prière reste pour moi un roc précieux. Je me laisse aimer par le Seigneur et par ricochet j’apprends à m’aimer.

Avoir profondément souffert m’a ouverte aux autres

Quand je pense à l’anorexie, je me demande comment j’ai pu aller jusque-là. Avec le recul, je crois que la cause en était un rejet de ma féminité et un refus de grandir. Est-ce que j’avais profondément la peur de vivre ? Peut-être… Encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de peurs et je me fais accompagner par une psychologue pour éviter qu’elles encombrent les relations avec Joseph mon mari, ou mes amis. Toute ma vie, j’aurai des peurs. J’apprends à les combattre. J’ai toujours des périodes de combat au moment de choix décisifs – fiançailles, choix de travail,… –, mais elles durent moins longtemps. J’aborde les moments de stress, mes émotions, avec plus de distance. J’ai appris à mieux les gérer.

Je ne peux que remercier le Seigneur de m’en être sortie. Le fait d’avoir profondément souffert m’a ouverte aux autres. J’ai développé une certaine empathie, un désir de réconforter les autres. Je le dois aussi à cette infirmière qui a été un ange pour moi. Quand je lui ai appris mon mariage, elle était tellement heureuse ! Elle me disait : « Hélène, le jour où tu rencontreras un garçon, tu seras guérie. » Me laisser aimer par Joseph fait partie de la guérison. La maternité sera un pas de plus.

Recueilli par Florence Chatel, ombresetlumiere.fr – 1er mars 2018

Retrouvez tout le dossier « Anorexie mentale, un si long combat » : Ombres et Lumière222

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